Entre chêne télépathe et morte au noir

Je vis au Mazega, Centre de la France, tout autour l'Europe étend ses lumières. Mais j'entends que sur la Grèce elles pourraient s'éteindre?. Trois mille ans de beauté dans le noir? On peut pas laisser faire!  Pour moi c'est soleil toute l'année, entre l’Arbre de la Poésie, Sophie à qui la foudre a pris unbras, et le nain Sasha  fils d'Ouranos et de Gaia. Pas vraiment la même famille. L'arbre est un chêne au tronc évidé par les siècles, antre d'abeilles que des vieilles toujours belles, celles qui se mettent les années aux doigts comme des anneaux d'ivoire et d'or, appellent encore l'Arbre aux Fées. Avant de se marier, elles venaient le toucher, parlaient à "la princesse qui dort". Je n'en saurai pas plus, elles ne savent pas, ou bien sourient. Et les tronçonneuses ont chassé les fées. Impossible d'oublier l'arbre, je rêve de lui. Et lui, de quoi? Pour plaire à Sophie qui m'a tout raconté, je veux faire comme les vieilles? Il se laisse toucher, autour de moi seules parlent "ses" abeilles. Il est leur abri. Elles chantent pour lui. C'est par elles qu'il télépathe. Je ne comprends pas l'Arbre, ni l'Abeille, ni aucune de ces langues. Je n'ose pas l'appeler télépathe, il ne sait pas ce que c'est. Pour Sasha, c'est moi qui ne sait pas. Fils des quatre éléments, Sasha n'est nain que d'apparat, et après bien d'autres choses. De parents chèvriers, la Manchote décédée si on veut, n'est pas vraiment morte, elle meurt seulement au noir, chaque jour un peu. Sasha pense qu'elle est fée, ou pire.Elle jure qu'il est sorcier. Nous avons comme tout le monde nos embrouilles .Sasha c'est avec ses frères Titans qui lui reprochent de n'être pas géant. Sophie c'est avec Charon, vieille bique vénale, qui l'accuse de fraude et refuse de la prendre dans sa barque. Et moi? C'est avec moi.C'est pour me fuir que j'ai couru longtemps les trailous et marathons d'Aveyron et Lozère. Couru comme on marche sur les eaux, sous mes pieds une mer d'histoires. Pourquoi faire avec ces deux dérangés le tour de France à pied en marchant sur l'eau? Ils m'ont suivi, tout le monde me déteste , me hait et me poursuit. Ce tour de France avec des poésies dans mon sac, je l'ai fait bellement, pourtant! La France? Une mer de gens. Elle était un peu large, j'ai essoré, plié la mer en quatre sans me mouiller pour la ramener dans ma besace, sous mon dernier invendu. Une relique cette mer déshydratée!

Mille arbres demandés

"Mille Arbres de la Poésie, avec Imaginaire c'est pas la mer à boire! Encore moins à ramener! C'est le Tour d'Europe que nous aurions bouclé, sans marche à pied! Et nous aurions vite trouvé ton Europe accro au chant d'Orphée décapité!"

Orphée  décapité? Je le trouve vieux tout à coup. Orphée c'était 3500 ans avant. 

« Je plaisantais, pardon. Le Tour sera mille arbres, immobiles et présents,immuables et changeants, et  télépathes grâce aux abeilles. Un réseau d’Arbres de la Poésie feradusurplace, dans la poussière des songes piétinant, ainsi le Tour sera bouclé dès que le dernier sera planté. Car pour marcher, rappelle-toi, nous avons déjà donné ! Le vélo? On crève. Le motorhome ? C'est gourbi, cloaque et bilan carbone.   Non, embarquons pour Internet, sur le dos de ma tortue quantique.Ô fleuve Web entre tes rives rubescentes! Rive droite, ton buisson ardent! Y tweeteront les Twitters poussifs traqués par un Fire Fox qui a la dent. Rive gauche, ton Fire Wall coulissant sur rails!   Qu'Allah nous protège des  Indiens Wallalah! Que les Faces-de-Book planqués dans leurs Blogs Fortifiés ne puissent nous cracher leur venin mortel! Que loisirs, calme et volupté !  L’épopée de la belle princesse coulera paisible de nos plumes fusionnelles. A moins qu’en personne "elle" surgisse d'un « cloud » rougeoyant de tous ses "mégabytes", comme jadis Moïse propulsé par un divin coup de pied au derrière tomba de la nuée en tapotant les flammèches de sa barbe? Je la vois, la toute belle au parfum, à la tête de ses légions de siècles harassés.  Epars dans ces interminables cohortes, arrêtez-vous et piochez braves gens! Suez, crottés chevaliers! Plantez sans férir nos mille arbres dans la glèbe natale!


Il doit se prendre pour la pythie. S'il avait raison? Sa tortue quantique? Pourquoi pas? Et son fleuve Web dont j'ai entendu des échos pourrait bien déboucher sur l'Achéron. Si nous avions encore Thalès, il nous le détournerait à coups d'abaques sur ses courbes inversées. Ou bien Héraclès à coups de gourdin, comme il le fit jadis pour permettre à Crésus d'aller battre les Perses sur l'autre rive. Sous le nez véreux de Charon nous le passerions nous aussi à pied sec. Sinon je vois parfaitement la barque rouillée de la vieille bique aux yeux de braise nous conduire refroidis au Lieu des Morts pour nous apprendre à vivre ! Il voit que j’ai peur, et il adore.


« Parce que l’arbre rassembleur d’Eves pisseuses de sacristie et d’Adams frileux, collier sur le sein de Gaia ma mère, don qu'elle fait à Ouranos mon père, demande à être planté tôt dans l'année. Que de temps gâché! .On a déjà le premier, qui télépathe, il nous en manque 999, chiffre cabalistique.  Avec sa tête dans la lumière, le chant d’Orphée dans ses branches et ses racines dans la nuit, tu ne vois pas que l’arbre  EST  la poésie ? »

Mettons que je le voie. Mais où trouver des volontaires pour planter 999 arbres ? Quels Kabbalistes enragés, quels  cannabistouilleurs déjantés voudront se dévouer?


«Il faut une Nuit de l'Arbre, et ils feront la queue. Au pied du chêne le soir du 15 août , on fête Séléné. Suspendues aux branches, ses rondeurs pâles. Europe promène son boeuf odorant que le shit excite. Homère est témoin, cravate et gibus. Cornemuse et tambourin. L’arbre bande vers la lune, Achille monte sur Patrocle pour la décrocher le premier… »

Achille sur Patrocle? La théorie des genres? C'est pathétique. Car on décroche la lune pour la mettre où? Et quoi faire jusqu'au matin ? Demander au chêne de nous télépather ses truffes ? Lire l'Européiade dans le pinard? Sache, Sasha, retomber!. Il se tapote la barbe. Voyons, quel est le sujet ? Raconter Europe. Partons des textes gravés par les Etrusques à Mycènes, sur des pierres. iLS étaient contemporains. On ne sait pas les lire? Tant pis. Nous ferons avec les bribes d'Hésiode, rogatons d' Hérodote ou miettes dans la barbe d'Aristote. Nous rebâtirons le mythe d'une princesse trompée par un dieu rusé qui n'était pas un homme. Elle s'en chercha un vrai pourtant, dans Troie en flammes. Erra trois mille ans avant de s'allonger dans le tombeau glacé de son dernier homme de sa vie, où elle continue de nous rêver.

La muette de Tyr

Planter mille arbres de la Poésie, c’est facile. Parler d’une femme de chair sans langue de bois, ça l’est moins.  Mais habiller d’odyssée une mère de famille nombreuse avec presque autant de pères que d'enfants? Faire reine une Phénicienne sans vertugadin que deux continents se disputaient? De son parfum nous n'avons que le terrible accent mais la dispute s'en nourrit. Son nom fait vendre des soupes , sa vertu ne vaut pas un clou de son cercueil. Or la bête à deux dos vouée aux gémonies, revit! Notre princesse batifolait nue avec un fauve cornu ? Que du bonheur!

C'est que nous l'aimons, enfin. Tendre ou cruelle, elle n’abandonna jamais ses enfants, leur trouva des emplois, dans les tribunaux, les enfers, la grandeur parfois. Fut leur souillon, ou leur Fanchon.  Sept cents ans après sa disparition, c’est Hésiode qui enfonce poétiquement le premier clou : zoophile! La muette de Tyr ne va pas au procès. Après la poésie, la science s'assied dessus avec un certain Thalès, chauve fou d’angles morts à l'hypoténuse contrite. Suivent quatre siècles de silence prudent. Platon le rompt, en bon disciple de Socrate qui faisait que parler. Sa serpillière Aristote éponge. Epicure passe son tour, il était plutôt pour jouir lui aussi,  mais pas Hérodote friand de boues. Cicéron avait quinze ans quand mourut Lucrèce qui parlait trop bien de Vénus: on l'enterra pour mille ans.   Il y avait longtemps qu'Europe l'était. C'est vers 1500 que la Vénus de Lucrèce reparut dans des livres rares qu'on se refilait en loucedé. Et c'est en mai 2013 qu' Europe, sa deuxième maman, fait un retour falot sur les billets de cinq euros. Une princesse en papier, ni chair ni couronne. Macaron d'honneur pour Tyr avec son Baal illuminant la Phénicie, qui incendiait le port, s'enfournait des bébés rôtis avec frites sous le nez d'une Astarté tétanisée. Car en se rebaptisant Sour au Liban, c’est Europa fille d’Agénor son ancien roi, que l'antique capitale de la pourpre enterra deux fois.

…après avoir eu Thésée pour gendre…

De son temps, l’amour des bêtes partait d’un bon sentiment et dans tous les sens. Sens et sentiments  s’yretrouvaient.  Pour rester au top, les pipolisésmontaient des chimères comme on va à vélo. La fille d’Agénor et d’Elvire s’y essaya, petite fumée, sur le dos d’un taureau ailé, en classe érotique cap sur l’Afrique. Le parfum plaisait. Hypocrite mafflu, parfois cornu,  jamais cocu, le maître dieu s’assura d’abord de ses trois grossesses avant de lui avouer sa double nationalité. Sont-ils bêtes ! Après l’Afrique, le Nil Bleu et Méroé,  la petite famille fut en Crète. Mais comment faire pour s’agrandir sans belles-filles ? Si elle fut grand-mère du  Minotaure, c’est la faute à Pasiphaé fille de Phébus, qui mit les cornes à  Minos son aîné. Convaincre Thésée beau-fils d’embrocher le monstre? Pour elle il aurait plaqué Pasiphaé, et même Phèdre à  peine épousée. Plus belle qu'Hélène de Troie! Lors il occit l'homme-fauve mais le glaive lui resta au coeur. Enfin, bretteur aux cent bottes secrètes, c’est  Ariane qu'à la pointe du glaive il enlève à son époux Dédale fort marri. Que du beau linge. Zeus n'en peut plus, Héra veut le divorce, il meurt, père incestueux récidiviste qui la cocufiait avec sa belle-fille. Elle le plaque pour Astérion qui va mourir à point sur son tas d'or. Oh joie! Un divorce et deux veuvages ! Libre, riche, et beaucoup plus que ça!

… le retrouvera en Ibérie…

Solitaire…  Mais surtout mère , voire arrière, arrière et beaucoup de fois arrière- grand-mère.  Elle a casé Rhadamante chez Hadès grâce à sa copine Prosperpine, pleuré Sarpédon, beau suicidé. Imitant Phèdre sa petite fille qui convoita son gendre Hippolyte, elle flirta, et un peu plus, avec Thésée, qui était le sien, très beau aussi. On n'est pas de bois, mais trop c'est trop, elle  remet son tablier, enfin, se paie une croisière avec son nain. La traversée dure des siècles, ce Sasha est un sorcier, le vaisseau est une tortue, elle accoste en Ibérie et visite sa capitale Hispalis. Las, voulant goûter aux jeux du cirque, elle se trompe de porte et tombe en pleine corrida. Dans l'arène, qui elle voit? L’homme  au grand chapeau noir en habit de lumière. A-t-il tué son fils dans l'ombre du labyrinthe? Puisque cocufiant Minos il a couché avec Pasiphaé? Le doute au coeur reste planté. Elle a vieilli aussi, le reconnaît, crie son nom, on se retourne. Mais lui,  les yeux dans les yeux du fauve de Miuras, lui fait signe de se taire.  Car faisant rougir le sable du cirque de Galba,  c’est en silence que Thésée qui jadis en silence l'aima, retire péniblement  chaque jour du coeur d'un dieu cornu, son remords en même temps que son épée.  Et  comme il faut bien un peu d’or pour vivre dans cette province d'un Empire qui met les rois d'Athènes en croix,  celui-ci a mis la simple cape du torero. Signé : Bolandré.

A suivre : Europe  au couvent

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