Avec départ en Aveyron
Au départ prévu pour 2013, je suis déjà parti mais pas encore voyageur, et en attendant je cours en rond dans l’Aveyron pour prendre de la vitesse.(Aveyron : tout ce qui entoure le Mazega). Le Mazega est le pays de Sophie comme l’Aveyron est celui des gouffres. Je suis parti de la maison de Sophie, située sur Bouchenoir. Bouchenoir est un gouffre sans fond, le hameau dort dessus, tenu en équilibre par chant des druides. Pas très catholiques quoique tirant le diable par la queue, ils se sont faits la malle à l'arrivée des premiers moines en emportant paroles et partition. Jusqu'à présent ça tient tout seul, on a demandé à Pavarotti de venir chanter, il n'a jamais répondu.
Mais comment croire Sophie qui prétend qu'on y aurait jeté la tête d'Orphée qui s'obstinait à chanter? Ce n'est pas sa faute, cette fille est inculte, à 12 ans ses parents lui donnaient déjà sa petite gourde de ratafia pour aller garder les chèvres. Depuis, elle est férue de chant et m'a souvent demandé de descendre avec des cordes pour rechercher la tête.
L’Aveyron du coureur
Le coureur d’Europe doit s’entraîner à courir quand ça descend. Avant, j’étais coureur amateur d’Aveyron et Lozère. Mais sentiers de chèvres et ravines traitresses , c’est plus de mon âge. Et puis, au fond des bois neigeux, le seul public est souvent le
chien de ferme qui court en meute, et nourri d’épluchures, rêve de mollets. Je sais, j’ai beaucoup perdu, car à l'arrivée, après la remise des prix, c'est Bacchus le grand vainqueur. Un jour je suis tombé de ma chaise devant ma paella. A mon réveil on rangeait les tables, on m'avait laissé dormir, on sifflait les fonds de bouteilles, mais j'ai sauvé un bon millésime des Costes de Millau pour faire remonter ma tension .Une autre fois que j’avais bouclé ventre à terre le trailou de février à Saint Rome de Tarn, raflé la coupe du dernier et perdu 2 kilos, le maire Calmels Marcel heureux de me revoir vivant, m’a offert une demi-roue de Roquefort. j''en mange encore! Alain Marc est venu me serrer la main, et m’a demandé devant tout le monde si j’avais fait la course au cognac ? Le reste de l’après midi a passé à donner des autographes sur des maillots boueux. Trailous saint-romains, jamais je ne vous oublierai! La coupe est toujours sur ma cheminée,
Le Marvejols-Mende est une course au coeur . Je me demande si je l’aurais fait s’y avait pas eu les Photographes. Le Motard des Urgences caracole autour de vous, exige de prendre votre tension. Trop c'est pas bon? Trop peu non plus? Non merci, je préfère qu’on prenne ma photo en courant. Les Masseuses de Lozère sont très cool aussi. Refuser un massage sur le pré? On est mal vu. Cette fois, je dirai oui car je trouve pas mon deuxième souffle. Et puis tout est si bizarre aujourd'hui! Au km 3 , j’entends déjà crier derrière moi: « allez les gas ! "?. Un peut tôt? Non, pas pour DSK,
dix ans qu'on s'est pas vus depuis la rue Cognacq-Jay. Il fonce et me double presque en s'excusant, ça fait plaisir, parce qu'il y en a qui marchent, pour m'humilier... « Allez les gas ! ». Devant nous plus personne, derrière non plus, on se sent libre, il disparaît. Km 4: j’entends fredonner « petit papa Noël » . A cause de ma barbe? Personne. On est en juillet. Quel être surnaturel m'encourage ainsi? Car je lis sur le bitume : « "Courage ! Plus que 16 bornes ! ». Au km 6 nouvelle surprise : une ombre frôle les cîmes et j’entends encore hurler « allez les gas ! » dans le bruit des pales. - ou bien c’était « plein gaz ? »- Un gendarme en hélico se tait, je me dis tiens ça peut être DSK qui asticote le pilote? Il aura sauté en marche en grimpant sur un arbre? Une folie à son âge, mais cet homme est réputé bon grimpeur. On se comprend: à Mende le vin d’honneur est servi à midi, faut être plouc pour rater ça. bye bye DSK! J'espère qu' y aura plus d'imprévus? Que l'hélico est bien arrivé? Que chants d’oiseaux, air pur, pédale douce? C'est la thèse du« Petit Coureur Fûté»...
Hélas, au fond des bois déjà le teuf teuf zélé de la camionnette balais. Ca me crispe? Crampe au mollet. Le conducteur, à vide , remonte à ma hauteur, me toise, m'intime de monter. Le même que l'an dernier, j'ai pas changé d'avis. Il me hait, accélère dans un nuage noir, me lâchera plus jusqu'à Mende, son pare-choc dans ma
semelle . Ou bien à ma hauteur roulant au pas vitre baissée, égrène d'un ton persuasif son catalogue de morts subites que je connais par coeur.. « Il était là comme je vous vois mon pôvre ! J'y dis d'monter, y veut pas, y sourit au contrairrre, et tout d’un coup, paf par terrre ! »… « Devant moi, morrrt comme je vous vois! ». Km 18, au mètre près: crampe au mollet, dix ans que je l'ai là!. . Au km 19 après le pont, dans la montée avant les tribunes mon haineux vitre baissée me postillonne que j’y arriverai pas. Les gens se retournent, je lui fais un bras d’honneur, il bave dessus. Km 19, 950, ça grimpe encore plus fort. Aïe! Crampe totale, je cours plus, je sautille vers la place du Marché. J'ai entendu un bruit de tôles derrière moi, j'espère qu'il s'est pris un bon platane.ça lui apprendra à regarder devant lui. Arrivé sur les rotules j’ai pris la médaille-souvenir. Le maillot marqué 2010, y avait plus que la petite taille, je fais boudin. J'ai dit bye au chronométreur, le même depuis 10 ans, un homme sans pitié. Fait la bise à Soeur Sourire qui a toujours le menton bleu et une limonade fraîche pour les rescapés. La bise aussi sur la joue creuse de l'échalas surgie de nulle part, pour la remercier de la rose qu'elle m'offre, y a que les femmes qui en recoivent. Bizarre. Elle me dit que je suis un héros, enfin un truc comme ça. Un petit homme rouge se retourne et sourit, il fait très lutin de Bozouls. Une arrivée que j'oublierai jamais car ce sera mon dernier Marvejols-Mende. . Bref, revenu chez moi j'ai donné mes baskets à l’Emmaüs de Millau, je n'en achèterai plus.
Gardarem lo Larzac
Du slogan on est passé à l' art de vivre longtemps: maisons de pays avec toit de vraies lauzes et
moutons blancs. Notre siècle équitable y ajoute énergie renouvelable et trois sortes de déchets recyclables qu'on dépose dans trois poubelles en plastique recyclé biodégradable. Cela étant, on mange son content, et on dort durablement. A preuve les gros dormeurs gardent le Larzac depuis 50 ans. Si la marche de 1972 de Millau à La Cavalerie contre le camp militaire devait se refaire, le cortège en comptant les nouveaux retraités devrait partir de Lodève. Pour le bobo version "Indignée", la cardabelle devenue rare y est le symbole de la victoire du citoyen sur l’Etat, , du Gaulois sur le Romain, etc- Mais si ce parc naturel de l’utopie n'eut pas son Alésia, Cathares et Templiers y eurent leurs bûchers, les calvinistes leurs dragonnades, les royalistes leurs maisons brûlées sous la Terreur... Avant que la Convention de 1790 ne vende ses forêts à la chandelle.
L’Aveyron d'en haut...
C’est un ensemble de plateaux calcaires qui pleurent leurs forêts, avec un Causse qui fut Noir tant qu'il eut ses pins noirs, doté d'un réseau hydrographique serré , datant de l’ère jurassique. Un département ignoré, déserté, saigné à blanc par les guerres, puis l'industrialisation au siècle dernier, repeuplé
dans le nôtre par les citadins écoeurés. Le bassin de Decazeville revit. Les PME s'implantent, le bâtiment va. On investit au doigt mouillé: parcs d'éoliennes, fermes solaires, bioculture recréent de l'emploi. Bergers, jeunes agriculteurs, illuminés, écolos, libertaires y côtoient migrants qualifiés ou retraités dans une société bon enfant pour qui la chasse reste un droit plus sacré qu’ailleurs. On chôme aussi mais Paul Emploi tient table ouverte et la « crise » se vit mieux qu'au Nord grâce au climat Midi -moins-Quart.
Mon Aveyron de la nostalgie fut peuplé de René et Paulo. Ces cultivateurs-éleveurs-viticulteurs, poujado-nanars qui citaient Blum, Guillaume II, Jaurès voire "Pétoune" ont-ils survécu? A Saint-Victor, Pont-les-Bains, ou Foncouverte? . En tout cas pour les miens: ni chasse ni salle de bain, bassine en cuivre pour lessive et confitures, cabinets "dans terre". Le mot "déchets" était absurde: tout au cochon, poules et lapins. Le dur était brûlé ou rouillait dans la cour. Mais Paulo l'aîné il faisait des pâtés à vous damner, le téléphone pour faire moderne c'était son purgatoire. Je lui répétais : si s'y suis pas quand tu appelles, tu laisses un message dans ma boîte vocale. Rongé de doute, le lendemain il appelait. J'y étais pas, et lui, par loyauté :"Allo? Allo?....allo?...(dix secondes)...je mets oun messadjé dans la boite"... Trois secondes dans l'espoir de l'entendre tomber au fond. Et de raccrocher , le front pensif. René le cadet n'avait rien à dire, mais pour la greffe il avait la main verte, je jure l'avoir vu faire pousser un cerisier sur leur poteau du téléphone. Il m'a d'ailleurs offert en silence tout un verger avant de remettre pour de bon la serpette au clou. N'allez pas croire qu'ils sont morts, car au cimetière de Salles-la-Source , Nord-Aveyron, ils ont seulement pris à 90 ans leurs premières vacance. Jean-Marie et Francine me font patienter en les espérant, qui élèvent la truite arc-en,-ciel dans le ruisseau à rêves de Cougousse, hameau de Salles-la-Source sur la route de Rodez.
...et l' Aveyron d'en bas
L’Aveyron, ou Rouergue, est constitué de chapelets de gouffres et gours d’une part, de
colonies de loirs d’autre part. Les premiers ont des
cheminées de vingt à trois cent mètres, les seconds ont une jolie frimousse et un cœur de rat. Les uns et les autres ne se mélangent pas. Le loir pantouflard possède sa maison rouergate aux murs creux bourrés de paille, chiffons et vieilles noisettes. Le gouffre est partout chez lui. Mais l’Aveyronnais? L’Aveyronnais est une espèce protégée par l’Unesco. Il squatte chez Monsieur Loir, le gouffre il n’y met jamais les pieds, sauf à la télé. Par gouffre l’Aveyronnais n’ entend rien. Il faut dire trois fois « Aven » comme on récite trois Ave pour qu’il entende « Gouffre ». Si on l’accule, il reconnaîtra que c’est bien de gouffre qu’il s’agit, mais alors très peu vide, à peine noir, un « qui te fera pas de mal ». Prenez pourtant l’Aven Armand : un chasseur de gouffres qui ne pouvait plus se tenir est décédé après avoir descendu 45 m. en deux secondes sans échelle. Il s’appelait Armand: sa plaque en cuivre est à l’aubette pour visiteurs. Oser « Gouffre Armand » ? Les gens évitent de dire « gouffre » à un gouffre, de peur de tomber dedans.
Sa démographie
Question natalité, les loirs ont des loirets ou lérots, six fois l' an. Les Aveyronnais ou Rouergats nettement moins. Ils subsistent de ratafias, châtaignes et tripous
quand ça va mal, de Roquefort, vins des costes, et foies gras quand ça va bien. Aligot les années de vraie purée. Imitant ses ançêtres Ruthènes, le Rouergat reste un immigré, squatte la maison du loir, à qui son futur appartient. Dort-il sur un gouffre ou à côté ? Et comment savoir si le gour n'est pas un gouffre de demain ? Monsieur Loir n’est pas concerné: sa queue fait parachute de secours, et il grimpe aux murs comme on prend l'ascenseur. Ne croyez pas que ça n'arrive qu'aux autres: pas loin de chez moi c’est le gouffre « Sans Corps », car il n’en rend aucun. Une bergerie y fut engloutie quand il s'ouvrit par une nuit mauvaise avec chèvres, moutons et bergers. Un chien noyé fut reconnu par son collier trois jours plus tard à la fontaine du Mazega. Pendant ce temps sire Loir se lamente de la pénurie de logements. Ses congénères toussent comme tubards pour apitoyer, couinent leurs ultrasons convulsifs à leurs femelles et leur mettent le Youtube à fond devant la Préfecture. Le peuple Loir n’est-il pas Aborigène reconnu par l’Unesco ?. Les Pères Loirs Fondateurs, ex-sujets romains apatrides venus de Ruthénie province de Rome (c’est en Ukraine vers Tchernobyl) furent expulsés pour rébellion par un Septime plus Vengeur que Sévère. Se meuler les dents sur le pourri de SA poutre dans SA maison , la nuit, au dessus de la tête de l’Occupant, est un droit acquis. Ronger les pieds du lit usurpé c’est défendre la Patrie. Arracher la laine du matelas de l'occupant pour le nid des petits, un acte citoyen. Leur devise :"Surtout ne lâchez rien!"
La question sociétale
Les tensions communautaires font pâlir. L’Aveyronnais minoritaire collectionne les poisons et carabines à plombs. Faut-il aller au sang? Demander les Casques Bleus? C' est que ça coûte ! Démocrate depuis qu'il va aux urnes, le Loir Propriétaire exigera un loyer ce tantôt, et la pilule du lendemain pour rien.. Si on laisse faire ce sera le Loirat vindicatif et dépensier. En face, le parti des Vrais Rouergats essuie les plâtres, balaie les crottes, paie les taxes, pense planning familial pour le loir, protection de la personne âgée pour lui, et indexation des pensions sur le prix du Roquefort. Il se console avec ses gloires : Guilhem d’Encausse et Aude de Nant brûlèrent en se tenant par la main dans le château de Phébus assiégé avec les autres Parfaits. Les cavaleries Templières firent trembler le Maure. Le seigneur Georges de Luzençon fut aux croisades l’homme de bouche de Saint Louis
qui se pâmait devant son chèvre- chaud et se goinfrait de son aligot médicinal. Le pays eut son content de trésors, et son compte de Beaux François, voleurs de poules et brigandards. La vieille montagne vérolée de gouffres et piquée de gours fut dépecée par le mineur. Son cuivre alla aux Romains, son or aux orpailleurs, son charbon au baron Decaze, l’uranium à la Cogema. Il lui reste ses gants de Millau, à Rodez la fête du Bourou, le pâté de campagne pour tout le monde, et ses yeux pour pleurer. Moi je dis chapeau à cet Aveyronnais catho discret ou protestant muet, d’inclination cathare, gardien du patrimoine, honorant les Anciens, refusant de vendre un seul arpent de vent aux sociétés d’éoliennes .Désespérée de jamais retrouver ses forêts, tondue à ras, encore bonne pour la cardabelle et le mouton, la vieille terre qui a vu naître Monseigneur Affre remâche son amertume et peaufine son plan B. De toute façon il n’y en a plus que pour le viaduc de Millau, et si on lui pompe demain son gaz de schiste, si on lui fracture sa roche avec de l'eau enrichie au gazole, plomb, U236 , 238 ou fluométhane, que lui restera-t-il? Un écriteau à un carrefour indiquant : "Caillou à 1 km"?
Quand l’Aveyron sera parti à la mer …
Tout se fait par effritement suivi d’écoulement sur tapis roulant. Passant sans se retourner les arches du viaduc de Millau en compagnie de la truite argentée, les jolis galets réduits par les eaux en sable fin ont pour horizon la Gironde. Un déménagement par voie d’eau, . Et tous complices : le mille feuilles de grès aux tendres couleurs se fendille à chaque dégel , le calcaire file en quenouille, le tuf en vadrouille. Les eaux vives cascadent de gouffres en aven, plongent dans des lits peu sûrs qui ouvrent complaisamment sur des failles. La source de moins en moins pérenne du Mazéga a le hoquet boueux, son eau par moments boîte et ne laisse plus boire que les carpes.
… un pays de rêve ne sera plus qu’ un rêve de pays…
Il nous enverra des cartes postales de Bordeaux quai des Armateurs. Que deviendront le Tarn, la Jonte, la Dourbie, sans leurs eaux et bientôt sans falaises ? Car on le voit, nos édiles en folie rognent sur tout .On a déjà la rigueur sans économies . Et après? Le couteau sans manche ? la tomate sans goût après le vin sans alcool, le pain sans farine, la pomme de terre sans frite et le fromage sans lait ? Heureusement le gaz du schiste sera bon marché, les explosions gratuites, et les torchères brûleront jour et nuit comme des vraies forêts. José Bové promène son briquet autour de sa tête avant d’allumer sa pipe. Avec le gaz sait-on jamais ? Il a juré que si on vient sonder, il faudra lui sonder le ventre avant de continuer.? Que va-t-on trouver? Que les mânes d'Astruc l'assistent ! Que le Roquefort forge à ce fort homme un estomac en rapport! On repassera les plats. Le prospecteur yankee apportera sa tartine caussenarde et son litron et son accent de Milwaukee au Mac’Do de Millau, qui fera la soupe au lard chaque midi. En attendant les premiers sondeurs, le geignard vautour des gorges gagnera trois points dans les sondages, devant le musée des insectes volants, rampants, frétillants, suceurs, voleurs, pinceurs, sauteurs, piqueurs ou non-piqueurs.Le tilleul de mon porche s'immolera par le feu. Et la poésie ira poétiser ailleurs..
…avec son Mazega bâti sur le vide.
Mes derniers beaux arbres ont soif dans ce hameau bâti il y a très très belle lurette par des druides adorateurs de la lune . Il est tenu par incantation sur un Bouche Noire si
profond que les rayons de Phœbé mettent un an pour arriver au fond, et après avoir cheminé tout ce temps, le Temps fatigué prend son temps. Les vieilles y deviennent si vieilles qu’elles oublient leur nom, leurs vieux hommes qui vont mourir avant les appellent toutes « Nana », ça les fait bien rire, mais eux ne rient pas. Et plutôt que d'enlaidir leurs dulcinées, les années s’empilent joliment sur elles en anneaux concentriques. Et quand Bouche Noire sonne l’heure, que restées belles il faut partir puisque les déesses partent aussi, il n'en fait qu'une bouchée. Je rêve parfois qu’un monstre si vaste a changé de nature, qu’une profondeur si grande n’est pas une plaie de la terre mais un pilier du Ciel. Par Dieu, je vois d’ici le viaduc de Millau éclairé comme la baie d’Alexandrie ! Saisissant sous la grosse lune d’Avril !Trop bu du vin de Redon ? Non, ce n'est pas la boisson , c'est un grand vide. Comme si d'avoir trop contemplé Bouche Noire il était entré en moi.
Pourquoi je m'attarde au Mazega
Il y a mon Jardin des Arbres, le chêne télépathe qui transmet les rêves de la princesse, et le chant d'Orphée . Il y a Sophie à qui j'ai promis de rester tant qu'elle ne sera pas vraiment morte. Puis le nain Sasha et sa tortue qui va brouter du passé au fond de ll'univers quantique. Je sais qu'elle existe et je voudrais aller où elle va. Il me raconte des blagues le Sasha, celle où il commanda à l’esprit des pommes d’attendre avant de mûrir qu'Eve ait fini sa toilette . Mais l’esprit a oublié, et Sasha n’a rien pu faire. La langue d’Eve était pourtant noire exprès pour qu’Adam se méfie ! Il ne s’ est pas méfié, elle le prenait pour une poire. Lilith sa première fut cuite au four en même temps que lui pour qu’ils fassent la paire. Ils sont allés dans le mur. Peut-être qu’elles avaient seulement la migraine? . Mais lui, Adam ? Lilith le ridiculisait à la course, voire lui donnait la pâtée. Eve le trompait avec le serpent du pommier. Pandora sa dernière ? Plus vite il l'oubliera… Orphée devrait remercier Prosperpine de l'avoir fait quitte d'Eurydice pour pas cher. Y a vraiment qu’Ulysse qui savait y faire: elles étaient toutes à ses pieds, il n'a jamais su pourquoi.
La manchote me retient par la manche
On le voit, ce nain c’est Jo la Science, de son vrai nom Alexandre, ou Sasha. Pour ma part je suis pas plus heureux d’en pincer toujours pour une manchote née ici il y a environ cent trente ans. Et le pire c'est que je vis dans sa maison. Jolie comme Eve, un marbre rare façon Femen qui avait le knack de Lilith. C’est à 15 ans qu’elle resta sous un rocher à regarder
tomber la foudre, assez longtemps pour que la foudre la regarde aussi. Jo la Science, pas plus nain qu'un autre à l'époque, a vu partir l’éclair. Il n’eut pas le temps de couper le courant, seulement le dernier lambeau de chair qui retenait le bras. Et la foudre revint sur ses pas pour lui en flanquer un coup qui modifia définitivement ses dimensions. Après, ce fils des Eléments est resté en nain de jardin pour ne pas effrayer la petite. Lui de terre cuite, elle toujours marbre. Dans les amours muettes personne n'est déçu. Et puis un jour d'orage, elle a ouvert la porte de la bergerie, libéré ses chèvres, détaché Laïka, plongé au gouffre et disparu. Son au revoir il l'attend encore. Une qui ne voulait pas vraiment mourir puisqu’elle n’avait pas vraiment vécu. Mais qui était vraiment Sophie ? Je penche pour la renarde déguisée en femme, avec son beau visage dévasté par la morsure d’un loup en forme de croissant. Le loup avant ou après la foudre ? Je ne le saurai jamais. Sasha me livre son dernier secret : s’il revenait souvent faire semblant de compter mes arbres, c’était pour s’assurer qu’elle n’était pas vraiment morte. C’est ainsi qu’on a fini par se rencontrer, parce que moi aussi. .. Mais je suis mortel, lui ne mourra qu'avec l'eau, la terre l'air et le feu.
Signé : Maljour.