C'est une lune très cool...

« Jupiter est  son tuteur.
Prisonnière de l’ astre ,
quel poète pour en rêver ?
Elle attend le désastre
qui viendra la délivrer
de son cercueil de glace,
en temps et heure 
»

 

…Une ville très hot…

« Europe princesse  nait  à Tyr-sur-Mer,
par une nuit d’incendies.
Chaud devant ! On sacrifie.
Ors,  os calcinés, chants et cris, l’ idole flambe,
la fumée relie les prêtres au peuple,
de par dieu !
L’argent vote pour Tyr  et  sa  pourpre,
Tyr adore  Baal, qui se régale d'enfants frits

pur beurre.

 

A marée basse c’est tout méchant,
crabes et méduses le disputent
au  murex  qui pue.
Pourquoi Europe nue
mit son parfum dans ce bazar ?
Pourquoi Jupiter Ailé
lui mit la main au panier ? »

Ainsi parla Guillaume de Tyr son exégète,
archevêque,
après avoir chassé un valet
de mauvaise mine, qui traînait.

D'Arius le disciple secret,
amant de Théolinda,
friand croisé de série noire,il  fut au massacre
d’Acre,
mais  lisait Hésiode dans le texte.
Et de pouffer  derrière ses doigts bagués :
« D’ailleurs,  a-t-Elle  seulement existé ? »
Avant de disparaître dans l’ombre de la croix...

 

...L’Union Européenne...

Aux frontières abolies ? Le fabuliste rit.
L’Union ? Idée  qui court avec une balle dans le dos
et des cailloux dans ses chaussures.
Ce site Web ? Un ou deux rêveurs aux poches trouées

 

...La caricature...

« Europe au rimmel sur ton bœuf fort peu gras,
tiens la pose aussi longtemps que tu pourras !
Car le crayonneux habile
d’un inquiétant volatile
a déjà posé un œil pensif sur toi.
Fût-ce le gauche, un peu borgne ?
Une autre fois tu auras droit au droit !

Et nous, poètes-terrassiers anonymes,
à du beurre sur nos tartines.

(Le réputé Canard Enchaîné N°481 de 2013  exhibe en page 7, une « Europe au Bœuf » amoureusement chiffonnée à côté d’un Johnny  artistement encanaillé.)

...L'arbre, l'aveugle, et le lutin...

L’arbre c’est  mon  chêne dans  mon Jardin des Arbres. Assez creux pour abriter un essaim d'abeilles. Assez grand pour trois familles de mésanges, un geai poseur, un pic, épeiche mais sérieux et travailleur. Assez ancien pour avoir son gardien, c’est le premier Arbre de la Poésie. Par une aube soufreteuse, le gnome  jaillit du tronc, pisse sur mon pied. Malédiction! Foi de  Sasha je suis ici chez lui! Mais moi aussi, nain épais, avec mésanges, et pic et  geai ! Vas-tu chasser aussi ces tribus que je nourris ? Qui abhorrent tes glands pourris! Que chaque hiver décime! Réfléchis, raccourci ! Ses sourcils le font pour lui, sa langue d’os hésite entre plusieurs anathèmes, mais il fond en larmes. Par compassion la mienne se lâche, dévoile mes projets... Qui ont l’heur de plaire... Allons! Tous propriétaires! Aidons-nous dans le malheur! Ses manches se retroussent toutes seules, mes yeux n'en croient pas leurs oreilles.

detente

...Du nain sur la planche

…Pardon, ami, ni gnome ni bossu ni nain, tu es lutin, à peine petit.  Au compliment Sasha passé lutin  se rengorge, se retourne et susurre un "Toto-toto!" langoureux . C'est comme ça que Paulo calmait son chien. Il appelle  son ami Toto? Un gay? Ou un geai ? Car « Toto-toto » c’est le cri  du geai qui dort la tête en bas, les yeux ouverts, toujours prêt…Non, c’est "Elle" qui paraît, mal peignée,...    que Sasha guide à la voix. Aveugle. Il ne nous présente pas.   Son nom ne me regarde pas plus qu’elle ne me voit. Créature à lutins ? Bonne voisine ? Son guide ex puisatier est tombé dans un puits, elle a contacté Paul Emploi .  Si je voulais? …Les boulots sont rares, ose Sasha.  Et de risquer que dans le noir où le voyant ne voit goutte, elle fournit l’éclairage, voire détache les masques. Une fille à lubies. Lui demander son nom? C'est péché!... … Aveugle le jour, laser la nuit, adonque? On veut me fourguer une allégorie. Gnome je te sens pas, tu veux m'enfumer. Trop tard, Sasha n'attend pas : forcée dans la mienne une petite main  s'incruste déjà? Salaud de troll!  Gagner du temps…Je demande un jour à l’essai. C’est trop, elle se vexe, je n'ai qu'une heure !  Trop peu, mais un gouffre tout près nous tend les bras.

...Toutes sortes de gouffres...

Celui  de l’orchidée noire, la plus poison des pires poisons, celle que personne n’a vue, celle qui, de la respirer, tue. Que je meure si je mens!  A peine en bas, fille, ta lumière de ver luisant!   Que les ténèbres se retirent en grondant ! Que les masques tombent, que les épouvantes se montrent ! …Ni Gorgone ni orchidée, pourtant. Que la pierre méchamment réveillée, qui lâche dans un hoquet, bulles irisées, ses rêves les plus secrets. Pierre noire à mes pieds c’est briller. Pierre  grise à côté c’est voler. La pointue au dessus de ma tête ne rêve pas: elle me vise. Revenues de leur surprise, ces harpies me narguent. Comment j’ai pris son nom, à l’aveugle ? Ce n’était pas « Toto », c’était…. Elle s’est arrachée des mains de son voleur,  a coupé le courant en sortant. Sans gêne ! Romanichel ! Rentre chez toi dans le noir! A peine remonté en tâtonnant que Saturne  astre de plomb  me renvoie au fond, dans une lumière de garage . Sans le plus petit bout d'échelle! Ah que vieux ! Sasha y siège à la  bougie sur la pierre qui ne dort jamais. L’air peu convaincu, il  me rassure du fond de ses dix mille ans : elle pardonnera, reviendra parce que c’est moi.   Mes arbres de la Poésie pousseront, ils auront des vers sur leurs branches, et moi,  guide patenté,  je ne me perdrai plus jamais.

...Du vers sur la branche…

Les deux sont à tailler lune descendante, à la plume, à la serpette, à ce qu'on veut, ni trop ni trop peu Se procurer   ficelle, encre et papier. Moulte papier.  Ne  rien jeter. Crayonnaille et déraille,  vers qui boite, rime à rame, vers moulu : l’arbre prend tout. Et il essaimera, racines dans la ténèbre, branches dans la lumière, embrassement perpétuel, de la terre et du ciel.

Sur la branche, bien ficelé, pas trop serré, que le vent emporte l’œuvre jusqu’à vous. J’écris, c’est ridicule, donc vous me lirez. Mais qui, Toto? La  fée de l’arbre ? Quelqu’un ? Personne?

 …L’appel et la pioche !

Etrange étranger sans le moindre papier, toute espèce de cinglé, poète sans ton arbre, si tu veux qu’on te lise sans trop ramer, il ne te reste plus qu’à le planter ! Tombe la veste, retrousse tes manches, poigne toi et Sasha empoignera ! Pelle et pioche, huile de bras et la suée : C' est une Idée qu’elle est rimée !

Signé : André Maljour

Retour